Songe de Rashid Masharawi
Tourné avant les violentes attaques du 7 octobre 2023 et la sanglante répression qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui, Songe est un road-movie touchant, qui nous embarque avec ses personnages d’un camp de réfugiés en Cisjordanie jusqu’à la ville de Haïfa, en passant par Bethléem et Jérusalem. Le point de départ de ce voyage initiatique, propice aux rencontres ? Un pigeon voyageur qui a disparu, et que son propriétaire, le jeune Sami, âgé de 12 ans, soupçonne d’être reparti dans sa maison d’origine. Flanqué de son oncle qui ne peut rien lui refuser et de sa cousine qui voit là l’occasion d’échapper un peu à son quotidien, l’adolescent est prêt à pister l’animal jusqu’aux confins de la Palestine.
Si ce début d’intrigue peut sembler un brin anecdotique, l’intérêt du film réside évidemment ailleurs, dans la manière dont les principaux protagonistes dessinent, au cours de leur quête, les différents visages d’un territoire dont le cinéaste cherche à capter chaque pulsation. Il y explore à la fois des lieux et des liens, quelque chose d’intangible et d’invisible qui raconte une histoire plus ancienne, et terriblement humaine : celle des aspirations et des rêves d’une population, aussi minuscules et dérisoires soient-ils. Alors, bien sûr, le film n’est pas exempt de maladresses, notamment dans le jeu de certains comédiens, ou dans ses mécanismes d’écriture, mais il est surtout plein d’humour, d’énergie et d’espoir. Un conte qui assume ses accents parfois naïfs et célèbre avec simplicité la vie dans sa dimension la plus absurde comme la plus tenace.
Marie-Pauline Mollaret
Film palestinien de Rashid Masharawi (2024) avec Ashraf Barhom, Adel Abu Ayyash, Emilia Al Massou. 1h19.